La pénurie de main-d'oeuvre, un obstacle devant la pérennité des services français, selon l'AFO

25 juin 2024 à 09h39

Le Droit - Alors que la population francophone en Ontario est la plus importante hormis le Québec, une étude commandée par l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) met en évidence la pénurie de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs dans la francophonie ontarienne.

Chantallya Louis - IJL-Réseau.Presse - Le Droit

«Le plus grand défi se dressant devant la pérennité des services francophones, c’est la pénurie de main-d’œuvre», a lancé en conférence de presse le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Fabien Hébert.

On parle ici de santé, éducation, petite enfance et services sociaux et communautaires. «Ces secteurs font partie du domaine public, qui regroupe le plus de travailleurs utilisant le français au moins régulièrement au travail», indique le rapport.

Le rapport, préparé par par la firme Brynaert, Brennan & Associé.e.s s’intitule État des lieux de la pénurie de main-d’œuvre au sein de la communauté francophone de l’Ontario.

«Ce rapport fait la démonstration d’une situation qu’on était déjà au courant […] c’est plus une situation de constat», explique le président de la l’AFO, Fabien Hébert.

Selon le rapport, il y a 347 850 travailleurs francophones ou bilingues dans la province.

Parmi eux on retrouve les employés qui utilisent le français au travail en Ontario dans trois grands groupes de profession, soit dans l’enseignement, le droit et les services sociaux, communautaires et gouvernementaux; les affaires, la finance et l’administration; et la vente et les services.

Ces groupes représentent plus de 68 % des travailleurs francophones ou bilingues, ce qui constitue 4,4 % de l’ensemble des travailleurs.

Cependant, la firme observe une tendance à la baisse du nombre de possibilités d’emplois en français dans l’ensemble des régions de l’Ontario.

«Parmi les 10 professions ayant le plus de possibilités d’emplois en français en Ontario, la majorité se situe dans le secteur de la santé, de l’éducation et de l’informatique. Ces professions exigent généralement une formation postsecondaire.»

Étude sur les études postsecondaires en langue française

Un deuxième rapport de la même firme, Étude sur les études postsecondaires en langue française en Ontario fait état de la situation des études postsecondaires francophones en Ontario.

Selon l’étude, certaines régions de la province voient une baisse du nombre d’élèves inscrits dans les conseils scolaires francophones, par exemple dans les régions du Nord et du Sud-Ouest, où le nombre d’élèves des conseils scolaires francophones a diminué respectivement de 4,8 % et de 4,5 % entre 2017 et 2022.

Se basant sur ces données, le rapport soutient qu’il y aurait plus de 56 000 élèves diplômés d’un conseil scolaire francophone entre 2024 et 2030, ce qui représente un marché potentiel de plus de 27 000 étudiants.

Par contre, les étudiants en immersion sont moins susceptibles de continuer leurs études postsecondaires en français, explique le rapport. «Plusieurs perçoivent les établissements postsecondaires francophones comme ayant moins de notoriété que leurs homologues anglophones ou encore se butent à une offre restreinte de cours et de programmes dans certains domaines d’études des universités francophones».

D’ailleurs, la firme remarque aussi une baisse de la natalité dans les communautés francophones de la province, «ce qui se traduirait par une diminution du nombre de jeunes francophones éligibles au postsecondaire», ajoute le rapport et de facto par moins d’étudiants francophones qui s’inscrivent dans les collèges et les universités d’expression française.

«Selon [leur] analyse des données de Statistique Canada, une baisse d’environ 6 % du nombre de francophones de 18 ans en Ontario d’ici 2030 est à prévoir».

Bien que l’immigration est vue comme un élément essentiel pour augmenter la main-d’œuvre francophone en Ontario, par le ministère des Affaires francophones, il est tout aussi important d’améliorer les services offerts en français aux communautés francophones, y compris pour les nouveaux arrivants, précise Fabien Hébert.

Dans cette optique, et tout en restant optimiste, le président de l’AFO souhaite présenter les deux rapports aux instances gouvernementales dans les prochains jours.

«Je suis très sûr qu’on va trouver des mécanismes et des solutions qui vont nous permettre d’améliorer l’état de la francophonie», lance le président de l’AFO.

(Photo : AFO/Facebook)