Une lettre ouverte de Runnels Reilley et Rachel Auprix, de St-Eugène, concernant les impacts potentiels du projet de train à grande vitesse Alto sur les terres agricoles, l’environnement, le patrimoine et les communautés de l’Est ontarien.
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Ferme
Runnels Reilley & Rachel Auprix
345, chemin Domaine
St-Eugène, Ontario
K0B 1P0
Monsieur, Madame les diffuseurs de GoFM 92.1,
Je vous écris aujourd’hui en tant que citoyen de l’Est ontarien afin de vous faire part de ma préoccupation et de mon opposition totale au projet de train à grande vitesse d’Alto.
Ce projet menace directement notre région et bien plus que quelques propriétés individuelles. Il s’attaque à l’environnement, à notre patrimoine ainsi qu’à la capacité des générations futures à continuer de vivre et de travailler sur les terres qui ont façonné notre région.
Le tracé préliminaire risque de détruire des terres agricoles parmi les plus riches et précieuses de notre territoire, compromettant ainsi notre capacité à produire localement notre nourriture et à assurer notre sécurité alimentaire. Il risque également de fragmenter des fermes, de bouleverser les activités agricoles et de rendre plus difficile la transmission des exploitations d’une génération à l’autre.
La menace d’expropriations inquiète profondément les familles, les agriculteurs et les villages entourant notre région. Derrière chaque parcelle de terrain se trouvent des histoires, des investissements, des projets de vie et des générations de travail. Une terre agricole n’est pas simplement une superficie sur une carte : elle représente une famille, une entreprise, un patrimoine et un avenir.
Dans mon cas, les conséquences seraient particulièrement dévastatrices. La terre concernée est dans ma famille depuis cinq générations. Elle me fournit un revenu grâce à la culture des champs et constitue également le cœur de mes projets de retraite et de relève agricole.
Elle abrite également une vieille forêt composée d’arbres matures, dont certains érables sont âgés de plus de trois cents ans. Soucieux de préserver cet environnement, ma famille n’a jamais procédé à une coupe à blanc afin de maintenir un certain équilibre environnemental qui nous tient à cœur.
La propriété compte également au moins deux zones humides ainsi qu’un grand verger cultivé depuis des dizaines d’années, qui profite non seulement à ma famille, mais également à des membres de notre communauté.
Le projet menacerait aussi notre patrimoine bâti. Il pourrait entraîner la destruction de la ferme familiale, qui est plus que centenaire, de nos bâtiments de ferme adjacents ainsi que de la résidence familiale que j’ai bâtie avec mon épouse et où j’ai élevé mes quatre enfants.
Mais au-delà de ma situation personnelle, je suis profondément préoccupé par ce que ce projet signifie pour l’ensemble de notre communauté, qui est composée de familles qui se connaissent, d’agriculteurs qui travaillent leurs terres depuis des générations, de petites entreprises, de producteurs locaux, de voisins qui s’entraident et de communautés francophones et anglophones qui ont bâti ensemble cette région.
Un projet d’une telle ampleur ne peut pas être évalué uniquement en fonction de kilomètres de voie ferrée, de temps de déplacement ou de considérations économiques nationales. Il faut aussi mesurer ce qu’il risque de faire perdre aux communautés qu’il traverse.
La fragmentation des terres pourrait isoler des parcelles agricoles, compliquer les déplacements de la machinerie, modifier l’accès aux propriétés et perturber des activités qui font vivre notre économie locale. Elle pourrait également affecter nos cours d’eau, nos milieux humides, nos boisés et nos habitats naturels.
Il faut aussi penser aux conséquences humaines. Comment demander à une famille de quitter une propriété où elle vit depuis des générations? Comment remplacer une érablière vieille de plusieurs siècles, un verger entretenu depuis des décennies ou une maison familiale chargée de souvenirs? Comment compenser véritablement la perte d’un mode de vie, d’un patrimoine et d’un lien avec une terre?
Ce sont des pertes que l’on ne peut simplement pas calculer en dollars.
C’est pourquoi je vous demande de prendre position clairement pour défendre les citoyens, les familles, les agriculteurs et les communautés de l’Est ontarien.
Je vous demande de vous opposer à ce projet dans sa forme actuelle afin d’éviter les conséquences importantes qu’il pourrait avoir sur notre communauté, notre environnement, notre patrimoine et nos terres agricoles.
Je souhaite pouvoir continuer à croire que notre gouvernement protège les citoyens qu’il représente, particulièrement lorsqu’il est question de terres familiales qui sont cultivées et protégées depuis des générations.
Cette terre porte l’histoire de ma famille depuis cinq générations. Le drapeau canadien y flotte depuis des décennies. Je veux pouvoir transmettre cette terre, son histoire et son environnement à la prochaine génération.
Aujourd’hui, ce projet me fait craindre de perdre non seulement ma propriété et mes projets de retraite, mais aussi une partie de mon avenir et de celui de ma communauté.
Je vous demande donc de faire entendre notre voix et de défendre notre région.
Sincèrement,
Runnels Reilley
Rachel Auprix